jeudi 30 août 2007

CONTE DE TANGALOA

"_A l'ouest "..

_ "Mais à l'ouest de quoi ? "

_ "A l'ouest était Boulotou, le séjour des dieux. Au-dessus de l'eau, il n'y avait autrefois pas d'autre terre que Boulotou. Cette île avait existé de tout temps, de même que les dieux qui y vivaient, immortels, de même que le firmament et l'Océan ... Les hommes n'existaient donc pas. Les hommes ?_ Il n'y avait aucun pays pour les accueillir.

_ " Mais alors ... D'où peuvent-ils bien être venus ?"

On dit qu'un jour Tangaloa, ... Le dieu des Arts et des métiers, le dieu de la Terre, le Père des Eaux et des Poissons .. On dit que Tangaloa, un jour, sortit pour pêcher dans le grand océan. Du haut du ciel, il jeta dans la mer sa ligne et son hameçon. Il sentit brusquement une puissante résistance. Pensant avoir pris un énorme poisson, il tira de toutes ses forces :

_ " Oh là ! Vas-tu venir ? "

Il vit apparaître à la surface de l'eau diverses pointes de rochers :

_ " Qu'est ceci ?"

              Le nombre de rochers augmentait au fur et à mesure qu'il tirait sa ligne, leur grandeur aussi. Il était donc évident que l'hameçon était accroché au fond de l'océan ... C'était plus qu'une grande île : C'était tout un continent, que Tangaloa allait finir par tirer du fond des eaux ... Il venait, il montait vers la surface ... Mais tout à coup, la ligne cassa d'un coup sec.
Les îles Tonga étaient émergées, mais le reste de la terre ne l'était point.

                Le rocher dans lequel l'hameçon s'était accroché se trouve dans l'île de Hunga : On y voit encore le creux dans lequel l'hameçon s'était engagé. C'était un hameçon de bois : Il a, de tout temps, été conservé dans la famille de Tuitonga, mais un jour, un incendie l'a consumé.

               Tangaloa avait ainsi découvert une île, qu'il appela Tongatabou ( Tonga _ la _ Sacrée ). Il la recouvrit de plantes et d'animaux semblables à ceux de Boulotou. Cependant, ceux de Boulotou étaient éternels alors que les créatures de Tangaloa, d'une nature inférieure, étaient sujettes à la mort.


               On dit encore ... Qui faut-il croire ? _ On dit encore que le pêcheur était Maui, le premier homme, fils de Tiki, le dieu créateur. Maui serait venu de Hawaïki, l'île bienheureuse située dans l'ouest ...

_ " Mais, là encore ... Dans l'ouest de quoi ? ... Puisqu'il n'y avait rien !"

_ " Dans l'ouest ... Comme Boulotou ... Et puis, il s'agit peut-être de la même île, sous deux noms différents ... Va savoir ! "

               Maui se trouvait dans sa pirogue. Il avait jeté sa ligne et pêchait à la traîne, comme on le fait pour prendre les espadons, les thons, et autres grands poissons voyageurs ... C'est ainsi que son hameçon s'accrocha au fond de l'Océan. C'était une île énorme, presque un continent, que Maui traînait derrière sa pirogue. Elle était allongée et avait la forme d'un énorme poisson. Maui la traînait d'est en ouest. Elle était lourde, bien sûr ... Elle avait de la peine à émerger.
Accrochée à l'hameçon, une première île apparut, que Maui appela Ata. La ligne ayant été jetée à nouveau, ce fut cette fois Tongatabou qui apparut. La troisième fois que la ligne fut lancée apparurent Lofanga et les îlots environnants, collectivement appelés Haapai. Enfin apparurent Vavau, ses îlots et ses récifs. Puis la ligne cassa.


                   Maui passa en revue toutes ces îles, dès qu'elles furent émergées. Il choisit Tongatabou pour résidence. C'est pour cela qu'on la nomme Tongatabou : "La Sacrée".
Partout où le dieu posa ses pieds, la terre devint basse et plate ; elle resta montueuse entre ses pas.

                  Sur une île de sable, dans l'est de Tonga, "dans l'oeil du vent alisé, un Kiu cherchait sa nourriture, dit-on. Un Kiu, c'est un oiseau des rivages : Un Chevalier ou un Pluvier ... Au cours de sa quête, il trouva un Fue, qui est une plante rampante. Ayant gratté le sable parmi ses feuilles, il vit celles-ci se changer en vers. Il gratta parmi les vers ... Ceux - ci se transformèrent en hommes et en femmes ...


Qui faut-il croire ? _ Que faut-il croire ?

_ Mais tout est vrai, voyons ! Tout est vrai !



               Tangaloa, ( C'était un très grand dieu ! ), voulut que Tongatabou fût peuplée d'êtres dotés d'intelligence. Il appela ses deux fils .

_ " Emmenez vos femmes avec vous. Vous irez demeurer à Tonga. Vous diviserez le pays en deux moitiés. Chacun en prendra une".

            L'aîné se nommait Toubo. Ce n'était qu'un paresseux. De plus c'était un envieux. Comme il ne travaillait jamais, il comptait sur son frère pour obtenir ce dont il avait besoin, qu'il s'agisse de nourriture, de vêtements, d'instruments ou bien d'outils. Le plus jeune se nommait Vaka-Aku-Uli. Il était plein d'intelligence : Ce fut lui qui inventa la hache, les miroirs et les colliers ... Un jour, Vaka-Aku-Uli dit à Toubo :

_ " Tu pourrais bien travailler toi-aussi, ne serait-ce qu'un tout petit peu" ...

                Vexé, Toubo résolut de tuer son frère. Un jour, se promenant sur la plage, il le rencontra et le battit jusqu'à ce que mort s'en suive.

               Tangaloa accourut. Il était très en colère.

_" Pourquoi as-tu tué ton frère ? Ne pouvais-tu pas travailler comme lui ? Pars, misérable ! Va dire à la famille de Vaka-Aka-Uli de venir me trouver immédiatement."

             Les divers membres de la famille étant arrivés, Tangaloa leur dit :

               _" Mettez vos pirogues à la mer. Faites voile du côté de l'est. Vous trouverez une grande terre. Fixez-y votre demeure. Je vous donnerai de grandes pirogues, des haches, toutes sortes de biens. J'ordonnerai aux vents de souffler de votre terre vers celle des Tongans pour que vous puissiez venir jusqu'à cette île chaque fois que vous le désirerez. Mais les habitants de Tonga n'auront que de petites pirogues, les vents leur seront contraires : Ils ne pourront pas aller vous rejoindre chez vous."

               _ " Quant à vous, dit-il à Toubo et à sa famille, votre coeur est méchant. Vous ne connaîtrez pas la sagesse et vous manquerez de tout ce dont jouiront vos frères. Vous n'irez jamais dans la grande terre qu'ils habiteront car vos pirogues ne pourront vous y conduire. D'ailleurs, les vents vous seront contraires. Vos frères, eux, pourront venir à Tonga et y faire du commerce aussi souvent qu'ils le voudront.


           Les anciens rapportent qu'il en fut selon la volonté de Tangaloa. mais d'autres poursuivent leurs récits ...



              C'était à une époque très reculée dans le temps ... Les îles Tonga existaient déjà, mais elles étaient uniquement peuplées par des êtres sans intelligence ... Quelques uns des dieux inférieurs de Boulotou, ayant appris que Tangaloa avait pêché des îles, furent désireux de les voir. Il partirent, au nombre de cent couples, dans une grande pirogue. Ils arrivèrent à l'île de Tonga.

             Ils trouvèrent ce lieu si beau qu'ils résolurent d'y fixer leur séjour. En conséquence, ils brisèrent leur grande pirogue pour en faire plusieurs petites.

_" Et ils y vécurent heureux, bien sûr "...

_ "Il y eut un problème : Deux ou trois jours après leur arrivée, ( cela ne se fit pas attendre longtemps... ) deux ou trois d'entre eux vinrent à mourir. cela alarma beaucoup les autres car l'idée même de la mort ne pouvait leur venir : Pensez donc, un dieu, par définition, c'est éternel, et il en avait toujours été ainsi ! "

               Au même moment, l'un d'entre eux, qui se disait inspiré par l'un des dieux supérieurs de Boulotou ...

_ " Mais c'est de la télépathie ! "

_" Si l'on veut ... Il annonça que les dieux supérieurs, pour les punir d'être partis sans autorisation, avaient décrété que, puisqu'ils avaient respiré l'air de Tonga et avaient consommé ses fruits, ils étaient devenus mortels, comme tout ce qui les entourait ... Cet arrêt les plongea dans la consternation :

_" Que faire pour éviter cette malédiction ? ... Dire que nous ne pouvons même pas retourner à Boulotou, puisque nous avons brisé notre grande pirogue "...

           Ils en construisirent une autre. Quelques uns d'entre eux s'y embarquèrent :

_ " Nous reviendrons vous chercher, ne vous inquiétez pas ... "

             Mais ils s'efforcèrent en vain de retrouver le chemin de Boulotou. Jamais ils ne purent parvenir jusqu'à la terre de leurs aïeux. Tout ce qu'ils réussirent, c'est revenir à Tonga.


            Pour ma part, je crois que toutes ces histoires sont vraies, toutes à la fois. Il faut y croire.

           Aujourd'hui encore on voit, à l'extrémité est de Tongatabou, l'endroit où les dieux débarquèrent à leur arrivée. Cet endroit porte le nom de " Lavenga-Tonga " ( Le point de débarquement à Tonga ). A cet endroit les rochers acérés que les Tongans appellent " Haamonga _ Maui ( La charge de Maui ), passent pour avoir été apporté de Boulotou, par Maui. Tous les anciens vous le diront, et il faut les croire !

CONTE TAHITIEN

_ " Ah bien ça, alors, pour une surprise, ce fut une surprise ! "

_ " De qui parles-tu ?"

_ " Je vais te raconter l'histoire de Hina. Tu verras : C'est une histoire très curieuse, que l'on retrouve dans toutes les îles du Pacifique, ou presque ... En tout cas, à Tahiti, tout le monde la connaît ...



Hina était la fille du soleil et de la lune ... Avec de tels parents, vous pensez bien que c'était une jeune femme superbe ... 
Et le mot est bien trop faible encore ... Jamais on n'avait vu une vahine aussi belle : Ses longs cheveux noirs parfumés au monoï ... Ses yeux plus brillants que la nacre d'une perle ... Sa peau veloutée et dorée ... Son sourire éclatant !

_" Bon, tu vas nous dire que tous les guerriers voulaient l'épouser ... On connaît ... Tu nous as déjà raconté ça ! "

Eh bien non, personne ne pouvait espérer conquérir le coeur de la belle : Pensez donc ... Avec un tel père et une semblable mère, il n'était pas question qu'elle épouse n'importe qui ... Ni même le plus beau des guerriers ou le plus fort des chefs ... Depuis sa plus tendre enfance, elle avait été promise en mariage au roi du lac Vaihiria, tu sais, le grand lac qui occupe un ancien cratère de volcan, sur les hauteurs de Tahiti ...

_" C'est bien dans ce lac que l'on dit qu'il y a de grosses anguilles ... "

_" Non seulement on le dit, mais c'est vrai, qu'elles y sont : Certaines sont grosses comme ma cuisse et sont longues de plus d'un mètre cinquante ... "

_" Tu nous racontes des histoires ..."

_" Mais non, pas du tout. Tout le monde te le dira ... On te dira aussi que ce sont des anguilles extraordinaires : Elles ont des oreilles ..."

_" Ne te moque pas de moi, ce n'est pas gentil ! "

_ Mais je ne me moque pas de toi ! Ce que je te dis est vrai : Dans le lac Vaihiria, il y a de grosses anguilles, et elles ont des oreilles, et il y en a toujours eu dans ce lac ... !
Justement, tu vas voir ... Je continue mon histoire...
Le moment venu, lorsque Hina atteignit ses quinze ans, ou à peu près, elle se soumit : C'était maintenant qu'il fallait accomplir le voeu de ses parents ... Hina se rendit jusqu'au lac Vaihiria, à pied, bien entendu, par le petit sentier qui part de Papara. Elle était si belle, lorsqu'elle prit ce sentier au petit matin que tous les jeunes-gens qu'elle rencontra furent éblouis : Pas un seul n'aurait pu dire qu'il l'avait rencontrée ... Tout simplement, ils auraient pu raconter qu'ils avaient croisé une forme si éclatante de lumière qu'ils furent obligés de fermer les paupières ...

Hina arrive donc au bord du lac. Elle écarte les buissons ... La voilà debout sur la berge. Elle entend qu'on lui demande qui elle est ...

_ " Je suis Hina. Mon père est le soleil, ma mère est la lune. Je viens rencontrer le roi du lac Vaihiria à qui je fus promise. Il doit faire de moi son épouse ... "

_ " Je suis le roi du lac Vaihiria. Je suis celui que tu cherches. Penche toi sur la berge et regarde : Je suis là ! "

Hina se penche, regarde ... Horreur ! Le roi du lac Vaihiria est une anguille ! Une grosse anguille brune avec des oreilles. C'est elle qui parle.
Terrifiée, désespérée, Hina tourne le dos et dévale le sentier en direction de Papara. Elle court tellement que l'on dirait un chevreau qui saute d'un caillou à l'autre, évitant ici un buisson, là un rocher, sautant les ruisseaux. Derrière elle, elle entend toujours le roi du lac qui l'appelle. Effrayée, elle se bouche les oreilles en y mettant ses deux paumes ouvertes.
Elle arrive, tout essoufflée et se précipite vers la maison de Maui, le héros légendaire, sans peur et sans reproche, fils des dieux lui-aussi.

_ " Maui ! Maui ! Viens à mon secours ! "


       Maui lui demande quel est l'objet de sa frayeur. Elle lui raconte tout. Qui résisterait à la fille du soleil et de la lune ? Maui monte jusqu'au lac ... Il appelle ... Usant de courage et de ruse, il parvient à pêcher l'anguille ... Il lui tranche la tête, qu'il met dans son panier de pandanus, et qu'il emporte, triomphant, pour la remettre à Hina-la-belle.

        Hina prend le panier, remercie avec effusion son chevalier-servant et repart chez elle avec ce curieux présent ... En chemin, elle passe près d'une cascade à l'eau pure. L'eau tombe de très, très haut, en chantant sur les rochers et en faisant gicler des gerbes de perles ... Hina décide de se baigner pour se remettre de ses émotions ... Elle pose son panier à terre. Il se renverse : La tête de l'anguille en tombe. O, Merveille ! La tête a pris racine. Elle donne naissance à un arbuste qui devient bientôt un grand arbre ..

_"Ce fut le premier cocotier de Tahiti ... Et maintenant, si tu mets en doute ce que je viens de te raconter, cueille une noix de coco, débarrasse la bien de la bourre qui la recouvre ... Là, maintenant, regarde bien : Est-ce que tu ne vois pas combien cette noix ressemble à la tête de l'anguille ? ... On distingue très bien, même, l'emplacement de ses deux yeux ..."

_" Mais c'est que c'est bien vrai : On croirait voir les deux yeux ..."

_" Je vais te dire ... Certains ajoutent avec malice que les noix de coco y voient effectivement très bien : Elles regardent très attentivement avant de se laisser tomber au sol ..."

_" Oui, celle-là, on me l'a déjà faite : Tu ne m'auras pas ... On dit qu'elle ne tombent que sur la tête des imbéciles ... Moi, je fais toujours attention lorsque je passe sous un cocotier, car on ne sait jamais ce que les autres peuvent penser de vous ! "

CONTE DES ILES SAMOA

               Sina était une très belle princesse des îles Samoa. Elle était alliée à tous les grands chefs de son temps. La réputation de sa beauté s'était d'abord répandue partout dans les îles proches, puis dans les îles Tonga et, au-delà, jusque dans les îles Fidji.
             Tous les grands chefs de son pays avaient rivalisé d'habileté et de parures pour toucher son coeur mais aucun, même le plus jeune, le plus beau et le plus fort d'entre eux, n'avait réussi à toucher son coeur.
              Ce furent ensuite ceux des îles Tonga qui se présentèrent. Ils s'essayèrent aux concours de javelots : C'était à qui en planterait le plus grand nombre dans la noix de coco la plus éloignée, fixée le plus haut. Ensuite, il y eut un concours de pêche au harpon et ce fut à qui, des plus hauts récifs de corail, prendrait le plus gros poisson, il y eut des courses sur la plage. On se défia à celui qui réussirait à soulever la plus grosse pierre, la plus lourde. Je crois même que l'on se défia à celui qui plongerait le plus profondément dans le lagon, à celui qui resterait le plus longtemps sous les eaux. Quelques uns y laissèrent la vie ... Les survivants rivalisèrent ensuite pour la beauté de leurs parures et la grâce de leurs chansons et de leurs danses. Rien n'y fit : Le plus jeune, le plus beau et le plus brave des chefs Tongans ne parvint pas à toucher le coeur de la princesse.


               Tingilau, fils du grand chef fidjien Tui-Viti décida d'aller voir la princesse qu'aucun chef n'avait pu conquérir. Paré de toute sa beauté, guidé par deux tortues favorites au service de ses dieux, suivi par une flottille de canots de guerre, Tingilau prit la mer. Il arriva à Samoa sans difficulté, porté par les eaux calmes et une douce brise.
Il se présenta devant la belle Sina : Beau et brave, gai et éloquent, il n'eut pas de mal à gagner le coeur de la princesse : Ce fut pour eux comme si le ciel s'était entrouvert ! Ils annoncèrent leur bonheur...
             Tous les chefs Samoans, piqués de jalousie, s'opposèrent au départ de la princesse : il n'était pas question qu'elle suivît un chef étranger!
Tingilau leur répondit que, dans son pays, personne n'aurait osé s'opposer aux désirs du fils de Tui-Viti. Il demanda à son équipage de se préparer à combattre . Mais Sina tempéra sa colère impétueuse en lui disant :

_ " Je ne peux pas me rendre à ton canot en marchant dans le sang de mes parents ! "

              Puis, mutine et rusée, elle ajouta :

_ " La lune est ronde et brillante ... Combien d'hommes faudrait-il pour vaincre la résistance d'une femme et de quelques-unes de ses domestiques, si on les trouvait se promenant tranquillement au bord de la mer au clair de cette pleine lune ? "


             Tingilau garda le silence. Il cherchait dans son esprit quel était le sens du message caché. Il réfléchit longuement puis il dit à la belle Sina qu'il se retirait, avec ses hommes, pour aller boire, comme tous les soirs, la liqueur sacrée du Kawa.
Sina avait compris : Elle attendit que le temps fût venu d'aller se promener sur la plage au clair de la lune ...

               Autour du bol à Kawa étaient assis Tingilau, fils de Tui-Viti, et ses chefs, choisis parmi les fidèles capitaines de sa flotte. Tingilau, s'adressant à eux, dit :

            _ " Mon père, Tui-Viti, attend notre retour. Je lui ai promis que nous sonnerions de la conque et du tambour, en arrivant, pour annoncer l'heureuse arrivée de la princesse Sina. S'il n'entend pas le tambour et la conque, jamais il ne nous laissera aborder les Fidji. Nous devons absolument ramener la belle Sina, que tous les autres chefs n'ont pu obtenir ... Cette nuit, quand la marée atteindra les pieux auxquels les canots sont amarrés et que la fraîche brise de terre apportera le sommeil aux jeunes guerriers samoans, que vos voiles soient prêtes et vos pagaies dehors ..."

                  Tingilau, fils de Tui-Viti but son kawa et il retourna vers la belle Sina. Il lui dit tranquillement à l'oreille:


_ " Je pense qu'un chef, avec l'aide de trois ou quatre guerriers fidèles, pourrait vaincre la résistance d'une jeune princesse et de trois ou quatre de ses suivantes, si elles se promenaient sur le rivage pour voir la marée montante et le coucher de la lune. "

           Avec un petit sourire en coin, Sina sussura à son oreille :

_ " Tingilau, le fils de Tui-Viti, pourrait s'en assurer en en faisant l'essai ... "

                Les suivantes de Sina chantèrent des chansons qui louaient sa beauté. Le refrain répétait à l'envi que jamais aucun chef ne pourrait toucher son coeur ou l'emmener ...
             Les compagnons de Tingilau chantèrent des chansons qui plaignaient leur chef: Le coeur répétait à l'envi l'impossibilité de toucher le coeur de Sina et la "nécessité" de retourner aux îles Fidji sans la belle princesse ...
Les jeunes Samoans s'endormirent tranquillement.

              Au moment où le milieu de la nuit était passé, quand la lune fut dans l'ouest, Sina et cinq filles se rendirent sur la plage de sables du rivage. Les flots montants battaient leurs pieds nus. Tingilau était là, avec cinq fidèles compagnons.


                 Chaque homme enleva son fardeau, qui restait silencieux, et le porta dans le canot de Tingilau. Les pieux furent abandonnés. La fraîche brise de terre gonfla les voiles. La belle Sina, qui avait attiré aux Samoa un si grand nombre de jeunes chefs des autres îles, parés de leurs belles nattes ornées de plumes de perroquet rouge, de leurs brillants ornements de tête en coquilles de nautilus , de leurs riches colliers de perles et de nacre, la belle Sina, dont le coeur n'avait pu être touché par aucun chef des Tonga, partait et s'éloignait sur la mer avec le beau et brave Tingilau, le fils de Tui-Viti ...

lundi 27 août 2007

LA NAISSANCE DU MONDE

   lundi 27 août 2007

               "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
               La terre était comme un grand vide, l'obscurité couvrait l'océan primitif, et le souffle de Dieu agitait la surface de l'eau. Dieu dit alors : " Que la lumière paraisse" et la lumière parut. Dieu constata que la lumière était une bonne chose et il sépara la lumière de l'obscurité. Dieu nomma la lumière jour et l'obscurité nuit. Le soir vint, puis le matin ; ce fut la première journée.
               Dieu dit encore : " qu'il y ait une voûte, pour séparer les eaux en deux masses !" Et cela se réalisa. Dieu fit ainsi la voûte qui sépare les eaux d'en bas de celles d'en haut. Il nomma cette voûte ciel ... "

              _"Mais qu'est-ce que vous nous racontez là ? C'est la Bible !"

              _ " Exactement. Je suis content que tu l'aies reconnue. Il s'agit du récit de la Genèse, c'est à dire de la création du monde dans notre imaginaire chrétien. "

              _" Mais je croyais que tu devais nous dire des contes polynésiens ? "


               _" Justement. Lorsque les grands navigateurs européens, Cook, Wallis, Bougainville arrivèrent dans les îles de Polynésie, ils crurent avoir en face d'eux des sauvages ... Ils disaient des indiens. D'autant que des quantités d'histoires se mirent aussitôt à courir : " Les indiens sacrifiaient à des dieux étranges, dansaient devant des masques sculptés, égorgeaient des victimes humaines, organisaient même des agapes barbares au cours desquelles ils cuisaient et consommaient de la chair humaine. " On l'avait vu. On l'avait entendu dire. On le savait ...

              _ Qu'est-ce que tout cela peut bien avoir à faire avec la Bible et pourquoi nous parlais-tu de la Genèse ?

            _ Écoute bien ce que je vais te raconter maintenant. Il ne s'agit plus d'un chapitre de la Bible ...

                                  *
"Il était.

Taaroa était son nom.

Il se tenait dans le vide : Point de terre, point de ciel, point d'homme.

Taaroa appelle aux quatre coins de l'Univers.

Rien ne répond.

Seul existant, il se change en Univers."



          _ " Oui, bien sûr, il y a quelque chose qui ressemble à ce que dit la Bible, même si ce n'est pas tout à fait la même chose ... "

            _ " Et tu remarqueras que, contrairement à ce que l'on a toujours dit, cette religion " de sauvages " est une religion monothéiste. Tout vient de Taaroa, qui existait avant toute chose et avant tout être. Les autres dieux ne seront que des émanations de Taaroa, en quelque sorte, ils exprimeront les attributs de Taaroa. Ceux qui ont été choqués par la foule apparente des dieux, par les exploits des héros et des géants ont-ils pensé que nous célébrons nous-mêmes les exploits de Josué, (qui arrêta le soleil), de David, (qui tua le géant Goliath avec sa fronde), de Samson, (auquel une femme enleva sa force en lui coupant les cheveux ... Mais il lui en restait suffisamment pour faire s'écrouler sa prison ! ) ... Nous n'avons pas besoin de remonter à la mythologie romaine, ni à la mythologie grecque : La Bible est remplie de merveilles et d'exploits : Qui ouvrit un passage à travers la Mer-Rouge pour toute une armée ? Qui fit jaillir une source en frappant de sa canne sur un rocher ? ... Je continue :

"Taaroa est la clarté.

Il est le germe.

Il est la base.

Il est l'incorruptible.

L'Univers n'est que la coquille de Taaroa.

C'est lui qui le met en mouvement et en fait l'harmonie."



          _ " Bien sûr ... Bien sûr ... C'est une interprétation un peu particulière, mais ce n'est pas plus bête que ce qu'exposent d'autres religions, que nous n'avons jamais appelées des religions de sauvages. Et tu connais beaucoup d'histoires de dieux, de demi-dieux et de géants ? "

                _ " Il y en a une foule. Je suis loin de les connaître toutes. Du reste, personne ne peut prétendre les connaître toutes : Les Polynésiens ne connaissaient pas l'écriture ( Sauf les Pasquans peut-être, mais on ne sais pas déchiffrer les tablettes qu'ils nous ont laissées ...). Ils se transmettaient toutes ces histoires oralement : Des sortes de prêtres étaient chargés de les apprendre par coeur et de les réciter. Lorsque les Européens sont arrivés en Polynésie, beaucoup d'histoires sacrées s'étaient perdues. On n'a pu en sauver que quelques-unes... Mais écoute, par exemple, je vais te raconter l'histoire du déluge.

                _ "L'histoire du Déluge ! Ah ! non, cette fois-ci, tu exagères : Le Déluge, c'est dans la Bible qu'on en raconte l'histoire ... Avec celle de l'arche, de Noé et de la colombe ! "

             _ " Toutes les religions, ou presque, racontent qu'il y a eu un déluge qui a recouvert la terre : Il n'y a pas que la nôtre ! Mais écoute plutôt, l'histoire telle que les Polynésiens la racontent :

           Le dieu Roua Hatou dormait au fond des mers, dans un endroit qui lui était consacré et où personne n'avait donc le droit de se rendre. Un pêcheur commit l'imprudence d'y aller pêcher. Son hameçon s'accrocha, par malchance, aux cheveux du dieu. Le dieu se réveilla. Furieux, il monta à la surface pour voir qui avait eu l'audace de troubler ainsi son sommeil. Quand il vit que le coupable était un homme, il décida aussitôt que toute l'espèce humaine périrait pour cette insulte.

                 Le vent souffla avec fureur. Les eaux s'élevèrent avec une rapidité effroyable. La terre trembla. Des flammes en sortirent de toutes parts. Des masses de rochers, projetées dans les airs, retombaient comme une pluie.


                      Dans l'horreur de pareilles scènes, les hommes coururent, les uns vers les montagnes, les autres vers les lieux sacrés et tout particulièrement vers les marae, pour y implorer la clémence des dieux. Mais tous furent écrasés par les rochers, enveloppés par les vagues, qui les rattrapaient dans leur course ... Ou engloutis dans la terre, qui s'effondra sous leurs pieds.

*(marae : Lieu saint, aménagé pour la célébration des cultes.)



               Ce qui est le plus curieux, c'est que le seul homme qui fut sauvé ... Ce fut le pêcheur qui avait mis le dieu en courroux : Parbleu, il était sur sa pirogue, en plein océan ! Il échappa à la catastrophe et sa famille aussi, qui se trouvait également dans la pirogue. Le dieu lui dit d'aller sur le Toa marama, qui est une montagne très haute ... ( Mais certains disent que le Toa marama était un canot )...


             Alors, les eaux montèrent encore, couvrirent les montagnes les plus élevées, firent périr tous les êtres vivants, à l'exception de ceux qui étaient sur le Toa marama . Ce furent eux qui repeuplèrent la terre quand les eaux furent redescendues. "

             _ " Oui, évidemment, cela ressemble bien à l'histoire du déluge et de Noé ... Encore que ... Je constate qu'ici, il s'agit d'une montée des eaux ; il ne s'agit pas de pluie. Et puis, peut-on croire qu' à bord d'une pirogue, un pêcheur ait pu emmener sa famille et ... un couple de chaque espèce animale? "

               _ " Eh ! Pourquoi ne le croirait-on pas aussi bien que lorsqu'on parle de l'arche de Noé ? "

            _ " Et tu pourrais nous raconter d'autres histoires comme cela ? "

                                  *

                  "Il y en a des quantités ! J'en sais quelques unes. J'ai déjà raconté ailleurs l'histoire de Maui, qui tira la terre du fond des eaux en la pêchant avec sa ligne et un hameçon. Mais il faut ajouter que Maui s'aperçut que les hommes souffraient du trop grand éloignement du soleil. Il constata qu'ils vivaient tristement, plongés dans une obscurité profonde ... Les fruits eux-mêmes ne mûrissaient plus ... Maui arrêta cet astre et régla son cours, de manière à ce que le jour et la nuit fussent de même durée ... "

                    _ " Tu l'as dit : Josué aussi, arrêta le soleil ... Mais ce n'était pas pour la même raison : Il livrait bataille et c'est pour avoir le temps de gagner cette bataille qu'il interrompit la course du soleil vers le couchant pendant un jour entier... Les motivations de Mauï valent bien celles de Josué !"

                  _ " Je pourrais également te raconter une histoire de géant. On en trouve dans la Bible ... Ne serait-ce que lorsqu'il s'agit de Goliath, que vainquit David avec sa fronde ... Mais on en trouve aussi dans presque tous les récits qui font la base des multiples religions : Qu'il s'agisse de la mythologie grecque ou de l'épopée du Ramayana des Bouddhistes ...


           Les Polynésiens, eux, racontent que Rouanoua ( La tête chauve ...) était un monstre si laid qu'il se cachait dans la mer tout au long du jour. Il n'en sortait, pour voir sa femme, qu'au cours des nuits obscures. Il était si grand qu'on lui coupa, sans parvenir à le tuer, plusieurs morceaux de la tête, gros comme des rochers ...

             Fanoura, lui, était d'une si belle taille que sa tête touchait aux nues tandis que ses pieds touchaient au fond de la mer.


                Fatauhi était si grand qu'aucune pirogue ne pouvait le contenir. Quand il voulait voyager sur la mer, il lui fallait des radeaux composés de plusieurs centaines d'arbres.


             "Fanaoura et Fatauhi, allèrent ensemble à Éiva, terre aujourd'hui inconnue, pour combattre le monstre bouaa hai taata ( Le cochon qui dévorait les hommes ... ), la terreur de tous ceux qui approchaient de cette île ... Fatauhi se sauva à son approche, mais Fanaoura lui fit face, l'attaqua, le vainquit. Il s'empara de l'île après avoir tué trois des quatre chefs, des géants comme lui, qui se la partageaient ... Le quatrième ne parvint à s'échapper qu'en se précipitant dans la mer et en se changeant en serpent ..."

               _ " Ah oui, alors là, nous sommes en plein dans les histoires qui racontent les exploits d'Héraclès tuant l'hydre de Lerne, ou celles qui racontent les combats contre les dragons ..."

                _ " Oui, mais nous sommes aussi en plein dans les histoires qui racontent comment Saint-Georges vainquit le démon ..." Il s'agit toujours là de mythologie sacrée. Quel que soit le peuple, En quelqu'endroit qu'il habite, on voit bien qu'il y a pour lui nécessité de vaincre les mêmes craintes, d'expliquer les mêmes phénomènes ..."

                  _ " Trouve-t-on, dans les légendes polynésiennes, quelque chose qui soit l'équivalent de notre Paradis-terrestre ?"




                                *






             "Écoute ... Et tu jugeras toi-même...


                _ " Dans les vallées sacrées de Na Kauvandra, près de l'antre où habitait le dieu Ndengeï, le Kitu, pluvier, construisit un nid et y déposa deux oeufs ...

               Le dieu découvrit le nid. Il admira les oeufs et eut l'idée de les couver lui-même. L'incubation donna naissance à un garçon et à une fille.

              Après les avoir placés sous l'ombrage d'un gigantesque arbre que l'on dénomme vesi, il veilla à ce qu'ils fussent nourris sous sa protection spéciale, pendant cinq ans.

             À cet âge, ils étaient séparés par l'énorme tronc de l'arbre mais le garçon, regardant autour de lui avec curiosité, aperçut bientôt la fille, à laquelle il s'adressa en lui disant :

             _" Le Grand Ndengeï nous a couvés pour que nous peuplions la terre ..."

-" Comme Adam et Éve ! "

                   _" Exactement ! ... Un jour, le dieu commanda à la terre de se couvrir d'ignames, de taros et de bananes, destinés à leur servir de nourriture. Il lui commanda ensuite de produire du feu, pour qu'ils puissent se garantir du froid et cuire leurs aliments ... Ils mangèrent d'abord les bananes crues, comme elles avaient poussé, mais le dieu leur recommanda de commencer par faire cuire les ignames et les taros avant de les manger. Ainsi le premier couple vécut, abrité par le feuillage de l'immense vesi, protégé par le grand dieu Ndengeï, se nourrissant de bananes, d'ignames et de taros, jusqu'à ce qu'ils deviennent complètement adultes. Alors ils devinrent mari et femme et leurs enfants peuplèrent la terre entière...

                       _ "Il y a deux choses que la légende polynésienne ne dit pas :
                         Le premier couple resta-t-il au "paradis" ou en fut-il chassé par la suite ?
                         Pourquoi les hommes sont-ils devenus mortels, puisqu'ils sont les enfants d'un dieu qui, lui, est immortel ? "

                                   *

_"L'homme commit l'imprudence d'aller pêcher dans un endroit consacré à la divinité ... Souviens-toi ...

_" Le vent souffla avec fureur ... Les eaux s'élevèrent avec une rapidité effroyable. La terre trembla, des flammes en sortirent de toutes parts ... Des masses de rochers, projetées dans les airs, retombaient comme une pluie ... "

_" C'est de cette façon que l'homme fut chassé du Paradis ... Mais on ne dit pas qu'il y perdit l'immortalité ... "



                   Quand les fils du premier homme s'occupèrent à enterrer leur père, un dieu se montra à eux et leur demanda ce qu'ils faisaient là. Ils lui répondirent :

_" Notre père est mort et nous l'enterrons. "

_ " Non pas, non pas, dit le dieu. Il ne faut pas enterrer votre père. Il n'est pas mort. Retirez son corps."

_ " Il y a quatre jours qu'il est mort. Il nous faut bien l'enterrer !"

_ " Votre père n'est pas mort. Enlevez son corps ! "


             Alors le dieu se mit en colère. Il dit aux deux fils du premier homme :

_ " Écoutez la parole des dieux : La banane verte est enterrée pendant quatre jours et, quand on la sort de terre, elle est mûre et meilleure qu'avant. Il en eut été de même de votre père si vous aviez enlevé son corps de la terre comme je vous l'ordonnais et, de la sorte, il serait resté en vie, avec vous et vos enfants. Mais vous avez désobéi à mes commandements, les commandements des dieux. C'est pourquoi vous serez tous mortels. Que la mort soit donc avec vous tous : Mort à votre père, mort à vous, ses fils, mort à vos enfants après vous, mort à l'homme et à la femme. Tous, tous, vous mourrez . "


_" C'est toujours pareil : Dieu punit l'homme pour avoir désobéi ... Il n'y a que la nature de la désobéissance qui varie ! "

                                   *

_"Maintenant, si tu veux, je vais te raconter, pour terminer, une autre histoire. Elle donne une autre origine à la mortalité de l'homme :

            _ " Une pirogue des îles Tonga, un jour, en revenant de Viti-Levu, fut entraînée par les vents jusqu'à Boulotou qui, comme chacun sait, est le séjour des dieux.
               Les navigateurs qui montaient cette pirogue, ignorant où ils étaient et manquant de provisions , abordèrent dans cette île en la voyant couverte de toutes sortes de fruits.
                Ils voulurent y cueillir des fruits à pain mais, à leur grand étonnement, ils s'aperçurent qu'ils ne pouvaient pas les toucher : On aurait dit qu'ils n'étaient que des ombres, les doigts ne saisissaient rien du tout ... Les troncs des arbres, de même, n'arrêtaient pas leur marche : Ils passaient au travers comme s' ils n'avaient pas existé. Les murs des maisons, qui étaient pourtant construites comme celles des Tonga, ne leur opposaient aucune résistance ...
             Les dieux leur commandèrent de partir immédiatement en leur disant qu'ils ne pouvaient leur offrir aucune nourriture qui leur convienne. Ils leur promirent des vents favorables et un prompt retour dans leur pays.


                 Ils reprirent donc la mer et, leur pirogue filant à une vitesse prodigieuse, ils gagnèrent en deux jours les Samoa où il leur fallait relâcher. Ils demeurèrent deux jours aux Samoa et retournèrent dans leur île.
               Peu de jours après leur retour chez eux, ils moururent tous, non pas par punition d'être allés à Boulotou, mais par suite naturelle du séjour qu'ils y avaient fait : L'air qu'ils y avaient respiré était mortel pour les hommes.
                 L'histoire ne le dit pas de façon explicite, mais on peut penser que c'est depuis ce temps-là que les hommes sont mortels ...




                 _"Et c'est toujours la même chose : C'est l'homme qui désobéit, volontairement ou involontairement, comme dans l'histoire du pêcheur qui s'était aventuré dans un endroit qui était consacré au dieu ... Et tout comme Adam et Éve ont désobéi, ont mangé le fruit défendu ... Et ont été punis en perdant le Paradis et en perdant l'immortalité. C'est vrai, que l'on retrouve partout les mêmes mythes, les mêmes héros, les mêmes histoires. Tout cela est le fruit de la condition humaine qui, en tout endroit du globe, a besoin de vaincre les mêmes frayeurs et d'expliquer les mêmes phénomènes. 
                 Au fond ... Il n'y a pas de sauvages, nulle part ... D'ailleurs, le mot même a disparu de notre langage ... Et c'est très bien ainsi !"

           _"Ah ! Si on nous avait dit cela plus tôt ... Nous aurions conservé la religion de nos pères et nos anciennes coutumes, tout en servant le même Dieu que vous ... Il ne nous fallait que corriger les abus ... Maintenant, toutes les traditions sont perdues, ou presque ... "


                 _ Ainsi parlait le grand chef de Raïatea ... En l' année 1831 ...